Départ grand raid
Author

La Clinique Du Coureur

Date

29 octobre 2019

Des escaliers de Montmartre à Paris à la Diagonale des Fous sur l’île de La Réunion.

Le 10 octobre 2019, arrivée sur l’île de La Réunion avec la Clinique du Coureur, et l’équipe des « Guerriers du Grand Raid » soit environ 35 athlètes majoritairement canadiens mais parfois français, suisses ou espagnols.
Sur cette Diagonale des Fous mon objectif est de prendre du plaisir, finir la course, et idéalement arriver avant le samedi soir (soit entre 45 et 50h de course) pour éviter de passer trois nuits sur les sentiers.

La semaine pré course est un moment unique de partage entre amis, professionnels de la santé, de la nutrition, athlètes élite et amateurs, et avant tout amoureux de la course à pied. Au menu de cette semaine : rando-course, reconnaissance du parcours, franche rigolade, échange d’expérience, du plaisir, du plaisir et encore du plaisir.


Le jeudi 17 octobre 2019 à 19h00 : Nous prenons place dans la zone de départ, face à un concert et une foule de spectateurs. L’ambiance commence à monter !
La météo est bonne, température un peu fraîche. Je prends la décision d’enfiler mon linge chaud dès maintenant par peur de prendre froid sur la première ascension.
Groupés entre guerriers, nous voilà allongés au sol sur des morceaux de cartons. Dans chaque regard on comprend l’excitation, et la fierté de se présenter sur cette ligne de départ! On va vivre cette aventure en équipe ! On le sait tous. La grosse semaine passée ensemble sous les couleurs de La Clinique du Coureur nous a permis de tisser des liens solides… l’évènement que l’on s’apprête à vivre va les rendre unique ! Nous sommes les Guerriers Du Grand Raid !
Nous réalisons un peu plus notre chance quand le speaker nous invite à une minute d’applaudissement en soutien aux dizaines de coureurs restés bloqués chez eux suite à la faillite de la compagnie aérienne XL.

Ça s’agite dans le sas de départ et tout le monde se retrouve debout en rang serré. Je suis encore entouré de Samir (un ami avec qui je compte courir une bonne partie de la course), Nicolas, Jessy, Yannick, et Antoine.
L’ambiance est complètement folle.
Nous sommes situés à quelques dizaines de mètres de la ligne de départ nous permettant d’y voir l’arrivée des élites ! Jean-François Cauchon ! Florent Bouguin ! David Jeker ! Johan Trimaille ! Chaque passage d’un des nôtres est accompagné de cris d’encouragements. Ils peuvent faire quelque chose sur ce Grand Raid 2019 ! À l’instant où je m’apprête à vivre ma première diagonale, je suis comme un gosse devant nos élites ! Nous sommes avec eux, fiers comme des dingues !

22h : le top départ est lancé ! L’ambiance est au rendez-vous comme promise.
Nous sommes bien placés, dans le premier tiers, afin d’éviter les bouchons des premières ascensions. Samir et moi voulions courir ensemble mais très vite nous nous perdons de vue, surpris par la densité des premiers kilomètres.
Les trottoirs sont noirs de monde! Feux d’artifices, danses, percussions, les spectateurs mettent le feu !! L’ambiance du Grand Raid est vraiment incroyable. Les spectateurs seront présents sur quasiment toute la course!
Je me concentre sur l’allure, surtout ne pas se griller en partant trop vite. L’allure est bonne, les sensations aussi. Bonne surprise Samir réapparaît, juste derrière moi. Nous pensions ne plus se revoir de la course.

16ème kilomètre – Passage à Domaine Vidot : Au 1er ravitaillement, nous sommes bien, on décide de continuer vers la montée pour Notre Dame de la paix. Je me sens très bien, rassuré d’être déjà chaudement habillé. Petit soucis Samir n’est plus là… on s’est de nouveau perdu ! Je garde espoir de le recroiser plus tard.

 
25ème kilomètre – Notre Dame de la Paix : en absence de Samir et en avance sur mes temps de passage, je me mets à douter quelques instants sur le risque d’être partis un peu vite ! Non… les voyants sont au vert, j’ai vraiment de bonnes sensations! Je prends une soupe chaude pour lutter contre le froid et je repars.
Je croise Mickaël et Aurélie, deux guerriers à l’arrêt sur le bord de la route. La poche à eau d’Aurélie fuit… à croire que le sort s’acharne sur elle (la veille sa famille a eu son vol annulé). A Cilaos, dans mon drop bag j’avais prévu une flasque de secours. Je continue ma route en me répétant de ne pas oublier de transférer la flasque dans les affaires d’Aurélie.  

s38ème kilomètre – Nez de Boeuf – 04h29
Il fait très frais et les kilomètres défilent. Je croise Xavier, un autre guerrier ! Tout va bien pour lui aussi. Nous échangeons les nouvelles des autres guerriers croisés pendant le début de course. Nous sommes sur une portion qui bouchonne légèrement parfois. Je décide de suivre Xavier qui arrive à maintenir une bonne allure. Sur une montée, je suis rattrapé par un autre guerrier : Jean Nicolas, qui en m’apercevant crie « TEAM MORIN » (on a le même nom). Nous rigolons ensemble quelques instants. Je repenserai à lui pendant la course, espérant l’entendre de nouveau. Jusqu’à Marre à boue nous sommes chanceux les sentiers sont moins boueux que prévu.

49ème kilomètre – Marre à Boue – 05h56

Nous sommes parfaitement pris en charge par l’Armée Française sur nos ravitaillements. En deux secondes : tout mon drop bag est étalé devant mes yeux. Je change de vêtements (un autre manche longue) et je bois une soupe chaude lorsque Xavier et Isabelle arrivent sur le ravito. Ça fait du bien de voir des têtes connues. J’avais prévu un petit sandwich au nutella pour me changer un peu des compotes, noix de cajoux et barres de céréales. C’est parfait. Je repars le moral au top.

J’attaque la montée de Kerveguen en prenant les étapes les unes après les autres, refusant de me projeter sur la suite. Je décide de mettre un peu de rythme et de quitter légèrement ma zone de confort. Cette montée de Kerveguen est interminable…
Je pense régulièrement à la tête de la course, avec l’espoir d’une belle course devant. Je sais qu’à Cilaos j’aurai surement plus d’informations. Ça me motive à conserver mon petit rythme.
Sur la montée de Kerveguen je tombe par pur hasard sur Jonathan (un athlète Xrun de Paris) ! Cool de parler un peu. Je le laisse filer car son allure est bonne, et je ne veux pas me mettre dans le rouge maintenant.
Un peu plus loin, je croise Thomas, un super podologue qui travaille à 500 mètres de mon cabinet à Paris. Décidément ! Trop cool de le croiser ici !

Ma course est un vrai plaisir, je ne vois pas défiler les kilomètres et je croise énormément de personnes connues ce qui me rassure énormément. Quelques minutes plus tard, dans la descente vers Cilaos, je ressens de la gêne à un genou, chose inhabituelle. Je prends le temps d’augmenter ma cadence, varier mes appuis. Cela passe. Je me rappelle ces précieux conseils : « en descente si tu as l’occasion de faire 1 ou 2 pas, fais en 3 ».

J’ai régulièrement une pensée pour les autres guerriers. Je sais que juste devant moi se trouve Xavier et que pas trop loin derrière devrait se trouver Aurélie, Mickaël, Jean-Nicolas, Isabelle, et sûrement Samir. 

63ème kilomètres – Cilaos – 10h05
Je croise un autre guerrier : Nicolas (compagnon entraînements trail) qui quitte le ravito de Cilaos! Je ne m’y attendais pas car il vise moins de 40h, je suis donc sur une très bonne allure! Au ravito militaire, Xavier est sur le départ et Isabelle et Jessy sont en train de se ressourcer. J’enfile un simple tshirt en prévision de la chaleur de Mafate et range mon manche longue mouillé dans mon sac. Je mange un peu, soupe, barre au chocolat, cajoux, pompotes, bretzels. J’appelle ma femme Anne, pour lui donner des nouvelles. L’entendre me rebooste. Je laisse ma flasque pour Aurélie, et je repars avec Jessy et Isabelle avec l’objectif d’atteindre le Maïdo avant la nuit !  


Je suis arrivé seul à Cilaos, je repartirai au sein d’un petit groupe de 3 guerriers. Nous entamons l’entrée dans Mafate. C’est une satisfaction de pouvoir profiter des paysages exceptionnels du Cirque de Mafate sous un beau ciel bleu. Quand on rentre dans le Cirque de Mafate, la sortie est là-haut : le Maïdo ! Ce sera ma prochaine grosse étape : y être le plus tôt possible et y dormir un peu. J’aimerai m’engager sur les 16 km de descente qui suivent avec de bonnes sensations mentales et surtout physiques.

Sous la chaleur, nous poursuivons notre chemin tous les trois mais après quelques instants je me sens dans un faux rythme. Je quitte donc le binôme Isabelle et Jessy et suis les pas d’un coureur réunionnais qui semble à l’aise. Après discussions avec lui, je me fixe l’arrivée au sommet du Maïdo pour 2h du matin au plus tard. Je dois mettre plus de rythme. Je commence à sortir de ma zone de confort et le sommeil commence à se faire sentir lorsque je finalise l’ascension du Taibit.

72ème kilométre – Taibit – 12h52

Première difficulté du Cirque de Mafate, l’ascension du Taibit et ses paysages magnifiques resteront de merveilleux souvenirs.

Sentier Scout

78ème kilomètre – Marla – 14h54

L’arrivée au ravitaillement de Marla est particulièrement intense. Les paysages sont à couper le souffle. Le coureur devant moi fond en larmes devant une vidéo de ses enfants. Je pense à ma femme et mon fils de 10 mois que j’ai laissé à Paris… l’émotion est forte et ces pensées positives me font beaucoup de bien. Au soleil, les jambes au repos, j’enchaîne avec un bon repas (cari poulet) ! Ça requinque! Je croise une guerrière : Florence qui semble en pleine forme !  
Lors de la petite ascension de la Plaine des Merles, le ciel se couvre légèrement. S’en suit la belle descente de sentier scout, une portion dans laquelle je prends énormément de plaisir. Je me fais la réflexion que la nuit va bientôt tomber et que la fatigue aidant je suis de moins en moins concentré. Je dois accélérer pour gagner du temps en descente tant que le soleil est là. Une brume épaisse fait lentement son apparition.

95ème kilomètre – Ilet à Bourse – 19h11

Je recroise Xavier. Au ravito beaucoup de personnes dorment par terre dans l’herbe. La nuit est tombée, la température à dégringolée, il fait très froid.
Dans mon sac mon linge est humide et une première belle inquiétude me gagne… je suis en t-shirt, mouillé par la sueur, et en veste imperméable… mais j’ai un peu froid ! J’espère que ça va aller, car je commence à vraiment fatiguer et la température ne cesse de tomber. J’hésite à faire une sieste de 10 minutes quand une coureuse de la Zembroca Trail me propose d’enchainer avec elle jusqu’au prochain ravito dans quelques kilomètres. Je la suis repoussant à plus tard mon éventuelle sieste.

98ème kilomètre – Grand Place Les Bas – 20h06

Situation compliquée car tout le monde est frigorifié ! Dans chaque visage l’épuisement et le doute se devine.
Toutes les discussions se résument à : où dormir ?
Certains optent pour dormir ici, d’autres envisagent Roche Plate au milieu de l’ascension du Maïdo.
Je trouve deux coureurs motivés pour poursuivre jusqu’à Roche Plate voir jusqu’au Maïdo.
Le rythme est bon malgré la grande fatigue et le froid qui me glace. Entamer une ascension et non une descente me rassure vis à vis de mon manque de lucidité et du risque de chute.

L’ascension dans la nuit noire est silencieuse. Nous n’apercevons pas le prochain ravitaillement mais seulement les frontales qui dansent dans la nuit. Une lumière rouge immobile tout en haut d’une trainée de frontale jaune est visible, surement l’arrivée au ravito ! Je suis frigorifié, j’ai besoin d’une soupe chaude. Je me surprends à en rêver ! On progresse tranquillement, la lampe rouge n’est plus très loin, je commence à frissonner.
Quelques instants plus tard : surprise ! Je n’en reviens pas, voilà la lumière rouge… un coureur endormit et blottit contre le bord du chemin, avec une lampe rouge clignotante à l’arrière de la tête… grosse désillusion ! Je reprends ma route qui me semble désormais interminable.

106ème kilomètre – Roche Plate – 23h00

Je suis pris en charge par une jeune bénévole (merci !). Elle recharge mes flasques, m’aide à m’allonger au sol et à me réchauffer à l’aide de ma couverture de survie. Complètement frigorifié, je tremble énormément. Je n’arrive pas à me réchauffer, le doute s’installe. Je ne vois pas d’autres solutions : je dois monter là-haut au Maïdo. L’ascension me réchauffera, et surtout j’y trouverai : des lits de camps, des vêtements secs et un repas chaud ! Je décide de continuer l’ascension, couverture de survie sur le dos et verre de soupe à la main. Je tremble tellement que la quasi-totalité de ma soupe finira par terre. Quelques bénévoles se questionnent sur mon cas, craignant l’hypothermie. Je vois Mika qui arrive tout juste. On échange rapidement, ça me fait du bien de croiser un visage familier. Je quitte le ravitaillement, emboîtant le pas d’un coureur m’encourageant à le suivre.
La montée du Maïdo est interminable. Environ toutes les 15 minutes, je m’arrête plusieurs secondes pour reprendre mes esprits et me concentrer. Le froid est glaciale (il fait environ 4°C). Je vomis. J’enroule ma couverture de survie à même la peau sous mon tshirt et veste imperméable. J’ai froid.

113ème kilomètre – Maïdo – 02h16

Je me présente (enfin!) au ravitaillement du Maïdo. Merci les militaires ! J’enfile du linge sec, je mange un plat chaud (riz poulet), je mets 30min à me réchauffer avant de m’endormir 1h. A mon réveil, je me sens bien ! Tant mieux car devant moi se présentent les 16km de descente jusqu’à Savannah. J’adore ça et les jambes sont bonnes ! J’ai l’impression de voler : cette descente à toute vitesse sera un de mes meilleurs souvenirs.

128ème kilomètre – Ilet Savannah – 06h46

Arrivé au ravitaillement, je suis surpris d’entendre une parfaite inconnue m’interpeller «Benjamin !! Anne et Noé pensent à toi !! ». C’est l’amie d’une de mes sœurs. Ces quelques mots me font énormément de bien. Penser à ma femme et mon fils me fait du bien, c’est grâce à eux si je suis ici. Je prends le temps de les appeler quelques instants. Par surprise en quittant le ravito, je recroise la route de Mika qui sort d’une tentative de sieste. Très rapidement on constate avoir les jambes pour conserver un bon rythme et essayer de finir ensemble. Non sans difficulté nous passons l’obstacle Chemin Ratineau. Les descentes y sont très techniques, la prudence est de rigueur.

On reprend des forces au ravitaillement de la Possession

143ème kilomètre – Possession – 10h23

Au ravitaillement, on y est salué par une guerrière, Rose, qui nous félicite et nous motive ! Je m’alimente pendant que Mickaël s’allonge un peu. Nous redoutions le Chemin des Anglais vers midi de peur de cuir sous un soleil de plomb… par chance le soleil restera planqué quasiment tout le long ! Ce passage technique se passe bien. Mickaël ressent une gêne au pied gauche, c’est l’occasion pour moi de mettre en pratique les cours de La Clinique Du Coureur et d’adapter son laçage pour réduire la compression. Nous reprenons notre route, accompagné un court instant par Anne Champagne qui gambade comme un lapin au milieu des roches noires. Elle est première du Bourbon, c’est une machine, la fierté des guerriers, nous le savons : sauf accident elle arrivera première à La Redoute.

La ligne d’arrivée au Stade de la Redoute

152ème kilomètre – Grande Chaloupe – 12h56

Nous arrivons ensuite à Grande Chaloupe. Dernier ravitaillement important, c’est le moment d’enfiler le t-shirt obligatoire du Grand Raid pour terminer la course. Nous sommes pris en charge par nos guerrières, Caroline et Rose, ça fait du bien d’être quelques instants avec elles, au petit soin. Nous ne traînons pas trop, et repartons pour la dernière difficulté : la montée du Colorado. Celle-ci n’est pas agréable mais nous arrivons à maintenir un rythme correct. Après quelques heures de course, nous apercevons enfin le début de l’ultime descente. Ça y est nous entendons l’ambiance du stade, la fin est proche. Nous descendons prudemment jusqu’aux abords du stade, en prenant notre temps de peur de se blesser sur cette dernière difficulté. Arrivée au stade à 16h : nous entamons un demi-tour de stade avant de passer la ligne d’arrivée main dans la main ! Ça y est ! 42h de course ! Quelle aventure incroyable ! Merci La Clinique Du Coureur. Merci les Guerriers du Grand Raid.

Author

La Clinique Du Coureur

Date

29 octobre 2019

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